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GW2 - Épopées tyriennes : les aventures de Vikki et son moa

GW2 - Épopées tyriennes : les aventures de Vikki et son moa

Publié par Takeo Kikuta le 16/01/2017 à 20:30

Mise à jour du 16/01 : le chapitre 6 est disponible ! Suite à la Momocon 2016, un nouveau duo attachant a pris forme et désire explorer la Tyrie. Suivez les aventures de Vikki et Momo, l'occasion parfaite de voir la Tyrie sous un autre angle !

Le public présent lors de la Momocon 2016 a eu la chance de découvrir les éléments clés de la conception narrative de Guild Wars 2 grâce à Leah Hoyer, ex-responsable de la narration, et Ross Beeley, concepteur narratif.

Le public avait alors contribué à faconner Vikki et son moa et leurs aventures. Il y a eu une réelle demande pour l'Empire des vents, le territoire des Tengus. Une raison de plus pour lire ce récit !
Puis les membres de la communauté de GW2 ont pu participer à un casting afin de voir leur propre personnage apparaître lors des aventures de ce duo peu orthodoxe. Ainsi, dès le chapitre 5 de véritables personnages tiendront certains petits rôles !

Les Épopés tyriennes de Vikki et Momo sortent chapitre par chapitre et vous pouvez lire la version anglaise (originale) ici-même.

 

 

Sommaire

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6 : nouveau !

 

 

Chapitre 1

GW2 Épopées Tyriennes Chapitre 1 Vikki & Momo

 

Nous étions en retard à la vente aux enchères de bric et brac, plus connue sous le nom de Petite vente annuelle privée amateure, car Momo voulait chasser des insectes. À l’instant même où nous foulâmes le sol de Soren Draa, c’était comme si la terre avait pris vie sous nos yeux. Momo enfonça son énorme bec dans l’herbe, et manqua de peu de m’arracher sa laisse des mains.

 

Voici comment je fis mon arrivée dans cet endroit où je ne voulais même pas mettre les pieds : quinze minutes en retard, à jouer des coudes pour me faufiler dans la foule et me débattant avec un oiseau mesurant trois fois ma taille. Bien que les moas fussent de nature agitée, j’aimais malgré tout penser que j’avais bien dressé Momo. À peine l’avais-je traînée jusqu’à son enclos et commencé à déballer mes affaires, qu’elle adressait déjà de petits bruits suspicieux aux passants.

 

« Tu pourras chasser tous les insectes que tu veux quand nous en aurons fini ici. Tu pourras les chasser pendant une heure, si tu veux. » Je me hâtai d’installer mon invention, vérifiant rapidement le harnais et le boîtier, puis je la déposai sur la tête de Momo en m’assurant que l’analyseur biothermique reposait délicatement sur son sternum. J’effectuai un test ; l’estimation de quinze années s’afficha rapidement à l’écran, claire et lisible. « Crois-moi, j’ai tout aussi hâte que toi d’en finir avec ce cirque. »

 

« Squak. » Momo ébouriffa ses ailes rose-vif, pencha la tête sur le côté et fixa l’herbe, comme pour la mettre au défi de faire pousser quelque chose sous ses yeux. La voir ainsi me fit rire et je me sentis un peu mieux.

 

Pour la première fois, j’étais heureuse que ma B.E.T.E. ne fût ni sophistiquée ni complexe. Certaines des autres inventions en vente étaient gigantesques, avec des lumières clignotantes et des terminaux. J’avais dégoté un petit emplacement à l’écart du chemin principal pour une somme dérisoire… j’avais moins de chances d’attirer de potentiels acheteurs, mais je ne m’attendais pas vraiment à trouver une personne intéressée par mon invention.

 

Une voix se distingua parmi le brouhaha de la foule. « Tiens, tiens, mais c’est le désastre ambulant. Je croyais que tu avais laissé tomber, Vikki. »

 

« Tonni. » Je pris une profonde inspiration avant de me retourner. « Tu es venue présenter quelque chose aujourd’hui ? »

 

Tonni joua des coudes pour s’avancer jusqu’à mon stand, où elle me lança l’un de ses regards froids et inquisiteurs dont elle avait le secret. Ses cheveux parfaitement bouclés encadraient ses longues oreilles, et elle arborait un manteau soyeux noir et rouge bondé d’améliorations technomagiques dernier cri. Visiblement, elle avait échappé à la période difficile après l’université, bien qu’elle l’eût amplement mérité, de par son attitude.

 

« Acheter, pas présenter. » Elle plissa le nez. « Peut-être. Je suis venue chercher la perle rare. Des idées brillantes avant-gardistes, des projets solo ambitieux entravés par des contraintes morales insensées… ce genre de choses. »

 

Je déglutis. « Je n’ai rien de tout ça. »

 

« Quelle surprise… » Elle regarda Momo de haut en bas. « Ce truc sur l’oiseau, c’est ton invention ? Qu’est-ce que c’est ? »

 

Je l’aurais bien envoyée chasser les insectes elle aussi, mais… et si elle était le seul acheteur potentiel ? Était-elle réellement intéressée par mon invention ? Je me redressai et ajustai le harnais de l’analyseur. Momo souffla. « C’est le Boîtier d’Estimation de Temps Existentiel », lui dis-je. « C’est… Enfin, il prédit le temps qu’il reste à vivre au bétail domestiqué. »

 

« Le nom est un peu pompeux. En gros, il donne l’espérance de vie d’un animal ? »

 

Mes oreilles sifflèrent légèrement, mais je poursuivis mon explication. « Il peut aider à identifier des maladies inconnues grâce à un examen complet du corps du… Momo, chut ! »

 

Momo laissa échapper un petit cri et plongea à nouveau la tête vers le sol, visiblement en quête de quelque chose. Je la tirai en arrière gentiment, et il me sembla entendre Tonni ricaner.

 

« Pourquoi ne me ferais-tu pas une démonstration ? » demanda-t-elle. « Enfin, si ton oiseau accepte de te laisser faire. »

 

« Bien sûr qu’elle acceptera. Momo, ça suffit. » J’ajustai la laisse de Momo et lissai ses plumes, avant de démarrer la B.E.T.E., tête baissée. L’outil émit un bip sonore, ronronna et enveloppa Momo d’un vif éclair violet… parfaitement inutile pour l’analyse, mais Floxxa, mon mentor, m’avait conseillé d’ajouter un élément spectaculaire. « Comme tu peux le voir, cette moa… »

 

Je m’arrêtai net, et fixai l’affichage de l’appareil. Il y avait une erreur… il y avait forcément une erreur.

 

Tonni jeta un coup d’œil par-dessus mon épaule pour lire l’écran. « Un an ? »

 

« Il y a une erreur » balbutiai-je. « Il devrait indiquer une quinzaine d’années, pas une. Elle n’a encore qu’un an, et je viens de tester l’appareil. C’est sans doute… »

 

« Un dysfonctionnement ? » Elle secoua la tête, sceptique. « Comme c’est dommage. Puisque c’est un prototype défectueux, je veux bien t’en donner un cinquième du prix. »

 

GW2 Épopées Tyriennes Chapitre 1 Petite vente annuelle privée amateure

 


 

Je m’assis sous un arbre, observant les autres inventeurs amateurs ranger les créations qu’ils n’avaient pas réussi à vendre. Certains, abattus, repartaient en larmes. C’était méchant d’y penser de cette façon, mais je me disais que mon invention n’était pas la seule défectueuse.

 

« C’était un dysfonctionnement », dis-je à Momo, qui gambadait joyeusement dans l’herbe après que j’eus vendu la B.E.T.E. à Tonni. Elle posa sa tête sur mes genoux et j’aplatis les longues plumes de sa crête pour les faire se redresser. « Il nous reste toujours l’année prochaine… »

 

L’année prochaine. Je sentis soudain comme une pierre tomber au fond de mon estomac. Et s’il ne s’agissait pas d’un dysfonctionnement ? Et si je condamnais Momo à passer sa dernière année en Tyrie à jouer dans un coin du laboratoire, pendant que je travaillais d’arrache-pied sur une autre invention simplement parce qu’il était plus facile de croire que mon tout premier projet était un échec ? S’il s’agissait d’une de ces histoires d’enrichissement que j’avais lues en grandissant, les choses pourraient bien prendre cette tournure.

 

Mais bien entendu, les protagonistes de ces histoires avaient toujours des raisons de croire en leurs inventions.

 

« Il y a de nombreux éleveurs de moas en Kryte », pensai-je à voix haute, tout en grattant Momo entre les yeux. « Ils auront sûrement un avis différent. »

 

Je ne connaissais la Kryte qu’à travers des tableaux, mais la pensée de parcourir des océans de verdure sous un ciel azur dissipa quelque peu les nuages qui embuaient mon esprit. J’imaginai Momo gambadant dans les prés, s’étirant les pattes et se prélassant au soleil. J’avais toujours été trop occupée ou fatiguée pour l’emmener dans des endroits amusants.

 

Mon seul espoir de gagner un tant soi peu de notoriété scientifique à Rata Sum venait de s’envoler et ce, pour une modique somme d’argent pouvant à peine payer les frais du laboratoire. Je n’avais même plus assez pour emprunter le portail jusqu’au Promontoire divin. Et si Momo était vraiment blessée, ou malade…

 

Elle semblait cependant en parfaite santé et, quand je la regardai, elle pépia affectueusement comme pour dire Une aventure ? Allons-y !

 

« Qu’en dis-tu, Momo ? » J’espérais que ma voix ne trahissait pas mes craintes. « Tu veux aller te promener ? »

 

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Chapitre 2

GW2 Épopées Tyriennes Chapitre 2 L Ile Pleureuse

 

« L’Ile pleureuse. » Le sentier s’ouvrait devant moi, mais j’hésitais. La perspective de quitter la grande route n’avait rien d’encourageant. « Quel horrible nom. »

 

« Squork, » répondit Momo en s’ébouriffant les plumes. Distraite par les méduses qui décrivaient des boucles sinueuses entre les filets de pêche et les algues, elle ne semblait pas aussi inquiète que moi à l’idée d’approcher du fief des Silencieux. Mais il nous fallait des indications et des provisions, et je préférais éviter le Marché de Mabon (et les chercheurs asuras qui s’y trouvaient) si j’en avais la possibilité.

 

L’Ile pleureuse était semblable aux autres villages sylvaris que nous avions rencontrés dans la Forêt de Caledon, à ceci près qu’elle était soumise aux caprices du vent et des eaux. Un carillon, fait de coquillages plats et de roseaux, pendait à une porte et cliquetait dans la brise tiède. Le ciel était dégagé et les vagues calmes. Cet endroit ne donnait pas du tout envie de pleurer ; il donnait plutôt envie de faire la sieste. Mais à y regarder de plus près, les larges feuilles de la maison la plus proche montraient de profondes entailles au niveau des pétioles, comme si quelqu’un s’y était attaqué à la hachette. Le chemin menant à la petite île était marqué de nombreuses empreintes de pas désordonnées. Et tout était très, très calme.

 

Mes connaissances à propos des Silencieux me venaient presque toutes de sources indirectes, et elles étaient plutôt négatives. Ils avaient abattu la flotte du Pacte dans la Jungle de Maguuma, d’après certains. Ou ils s’étaient tous levés comme un seul homme et étaient partis vers le nord pour rejoindre les forces du dragon de la jungle. Les preuves du contraire ne manquaient pas ; j’avais moi-même vu un Silencieux à Rata Sum peu de temps auparavant. Mais quelle approche devais-je adopter ? Devais-je me montrer amicale ? Ou plutôt grave et calme ?

 

« Qu’en penses-tu ? demandai-je à Momo. On va dire bonjour ? »

 

Momo roucoula, en se levant sur la pointe des pattes, comme elle le fait quand elle est contente de voir quelqu’un. Je me tournai vers la route, curieuse de voir ce qu’elle regardait.

 

La plus grande Sylvari que j’aie jamais vue marchait dans notre direction et semblait vouloir se rendre sur l’île. Elle était marron et verte, avec de longues fougères en guise de chevelure, et elle était aussi large qu’un arbre. « De la visite, » fit-elle en nous voyant. Elle passa tout près de Momo et moi et alla se placer entre nous et l’Ile pleureuse. Elle s’agenouilla au milieu du sentier, fit glisser à terre le sac qu’elle avait sur l’épaule, et commença à le déballer. « Des fruits ? Des outils ? Je peux tout vous vendre ici même, au bord de la route. »

 

Quelque chose dans sa voix me fit hésiter. Je ne ressentais aucun danger, et Momo émettait des gazouillis remplis de curiosité, mais son ton me rappelait les occasions où j’avais dû me présenter à l’improviste chez des chercheurs seniors. J’étais la bienvenue jusqu’à la porte, mais pas plus loin.

 

« Vous vivez ici ? » fis-je.

 

La Sylvari me lança un regard méfiant. « Des outils ? Si vous allez très loin, il vaut mieux vous préparer. Vous faites partie de la coterie ? »

 

« Je… Non, je n’ai pas de coterie. Quelle coterie, d’ailleurs ? »

 

« Là-bas, dit-elle en faisant un signe de la main en direction du Marché de Mabon. Ils ont dit qu’ils allaient faire des recherches sur l’Ile de Feu. Ça vous parle ? »

 

« Non, répondis-je, songeuse. Le seul endroit que cela m’évoque se trouve au sud. Loin au sud. Moi, je ne vais que dans la Vallée de la reine. »

 

La Sylvari déroula un épais tapis de roseau et étala des outils de récolte, des pommes rouges et une belle quantité de fruits de roncier, enveloppés dans une feuille. Les pommes attirèrent l’attention de Momo ; elle pencha la tête et pépia en direction de la marchande.

 

« Momo, on n’insiste pas. C’est mal d’insister, la grondai-je en fronçant les sourcils. Désolée, elle n’a pas l’habitude des inconnus. »

 

Momo émit un tout petit bruit d’oisillon affamé, absolument pathétique, et fourra son bec sous la main de la Sylvari. Celle-ci afficha une expression surprise, puis éclata de rire. « Elle m’a l’air d’avoir l’habitude des inconnus, en fait, dit-elle alors que les traits durs de son visage se faisaient plus doux. Vous et moi, par contre, beaucoup moins. Deiniol. »

 

Il me fallut un instant pour comprendre qu’elle venait de me donner son nom. « Je m’appelle Vikki. Et elle, c’est… »

 

« Momo, donc. » Deiniol la flatta, puis lui présenta une pomme. Momo n’en fit qu’une bouchée, à même la paume de sa main.

 

« Ça fera l’affaire ? » demandai-je en présentant une pièce.

 

« C’est gratuit, puisque c’est moi qui ai craqué. » Deiniol se passa les mains dans l’eau pour retirer le jus de pomme. « Qu’y a-t-il, dans la Vallée de la reine ? »

 

« Des experts en moas. Momo est malade… enfin, peut-être. Je n’en suis pas sûre. Il faut que je la fasse examiner. »

 

« Elle me semble en bonne santé. Il y a des moas roses dans les environs, mais je n’avais jamais vu de bec aussi impressionnant que le sien. »

 

Eh bien ! Voilà un sujet qui me parlait. « C’est parce que ce n’est pas vraiment un moa rose. Enfin, si, bien sûr, mais pas du point de vie de la taxinomie. C’est un moa noir présentant une dépigmentation. »

 

Quand j’évoquais ceci avec des enfants, ils se montraient soit très enthousiastes, mais uniquement à l’idée de jouer avec Momo, soit très vite lassés par toute cette histoire, mais Deiniol, elle, eut l’air impressionnée. « Où avez-vous trouvé un oiseau aussi magnifique ? »

 

« Oh. » Bien entendu, moi, je trouvais Momo magnifique, mais… « Personne d’autre ne voulait d’elle. »

 

« Vraiment ? Même avec une si jolie couleur ? »

 

Momo se lissa les plumes. Il m’arrive d’être convaincue qu’elle comprend la langue commune. « Les variations de pigmentation aviaires sont déjà bien étudiées, et elle est trop voyante pour un rôdeur digne de ce nom, » expliquai-je.

 

Deiniol me dévisagea intensément. « Pourquoi est-ce que vous, vous avez voulu d’elle ? »

 

« J’aime bien le rose. Et la première fois que je l’ai prise dans mes bras, elle s’est endormie tout contre moi. »

 

« Je vois, fit-elle avec un sourire. Alors je dirais que vous avez toutes les deux l’œil pour détecter la qualité. »

 

Je lui rendis son sourire, baissai la tête et parvins à marmonner quelque chose de poli. En fin de compte, j’achetai toutes les pommes de Deiniol… mais c’étaient d’excellentes pommes.

 

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Chapitre 3

GW2 Épopées Tyriennes Chapitre 3 Empire des vents Tengu


Nous avions atteint le point de passage près du Marché de Mabon quand je finis par remarquer que Momo boitait.

 

Je la menai jusqu’au grand pont reliant le continent au portail des Tengus, l’angoisse au creux du ventre. Elle ne semblait pas manquer d’énergie, mais elle s’appuyait plus sur une patte que sur l’autre. Je me dis qu’il ne devait s’agir que d’un gravier coincé, qu’il n’y avait pas de quoi s’inquiéter, mais des dizaines d’atroces possibilités me vinrent tout de même en tête.

 

Pendant que je l’examinais, un marchand tengu passa près de nous dans un bruit de ferraille, avec une charrette et un petit troupeau de moas. Momo se tendit dans leur direction en roucoulant, et j’eus toutes les peines du monde à la faire tenir tranquille. Je ne l’avais peut-être pas dressée aussi parfaitement que je le croyais, en fin de compte.

 

Je m’assis, sa patte sur mes genoux. Elle avait des écailles de métal collés sous ses doigts, et quelque chose me piqua le pouce quand je frottai pour les retirer. Je me penchai pour mieux voir. Des fils ? Elle avait dû marcher sur quelque chose à la vente aux enchères de bric et brac.

 

Momo siffla, angoissée. « Je sais que tu détestes qu’on te tripote les pieds, la rassurai-je, mais laisse-moi une petite seconde. »

 

Les fils étaient trop courts pour que je puisse les prendre entre mes doigts, mais je n’avais aucun outil de précision à ma disposition. J’arrivai à les saisir entre mes ongles et tirai d’un coup sec. Pauvre Momo, ils étaient vraiment bien coincés !

 

Momo essaya de retirer son pied. Il fallait que je travaille rapidement, avant qu’elle en ait assez et refuse de rester sans bouger. « Tout doux, encore un petit peu… »

 

Je tirai un bon coup. Trois choses se produisirent à la fois : les fils lâchèrent, je m’écrasai le coccyx sur le sol et mes lunettes s’envolèrent, retombant un peu plus loin dans un cliquetis. Momo poussa un cri strident, m’envoyant une flèche de culpabilité tout droit dans le cœur.

 

« Momo ! » De la main, je fouillai autour de moi, paniquée. Où étaient mes lunettes ? Dans le flou qui régnait, je vis une forme rose s’éloigner de moi par le pont. « Momo, reviens ! »

 


 

Il me fallut quelques minutes pour retrouver mes lunettes, mais Momo n’avait pas pu aller bien loin. Et pourtant… la seule direction qu’elle avait pu prendre était celle de l’Empire des vents. J’avais entendu dire que pendant l’attaque de l’Arche du Lion, les Tengus avaient abattu sans pitié toute personne qui s’approchait de leur portail. Pourraient-ils faire du mal à un moa sans défense ? Je remis mes lunettes et me précipitai sur le pont.

 

Le parapet du pont était trop haut pour que Momo ait pu sauter dans l’eau, et je ne la voyais pas se promener près de la muraille. Mais je voyais bien les deux gardes tengus, qui interrompirent leur conversation pour se mettre en position défensive dès qu’ils m’aperçurent.

 

« Moa, fis-je, essoufflée, en m’arrêtant tant bien que mal. Rose. »

 

Les Tengus échangèrent un regard. L’un était mince, vêtu d’une tunique bleue. L’autre était habillé de brun et ils me semblèrent un peu plus âgés. « On ne passe pas, déclara le mince. Que voulez-vous ? »

 

J’inspirai un grand coup et retentai ma chance. « Une moa rose. Je l’ai perdue. Elle est partie par ici, et… » Je levai la tête, la cherchant des yeux dans les buissons fleuris, ou le long de la berge, près du portail. Rien du tout.

 

Le portail en lui-même attira mon regard, et je ne pus m’empêcher de lever les yeux… encore… et encore. J’en avais le vertige. Mon souffle me semblait plus bruyant, comme si le gigantisme de l’endroit avait aspiré le son présent dans l’air. C’était comme les cubes de Rata Sum : magnifique, mais trop grand. Monstrueusement grand.

 

« Votre moa ? » demanda le Tengu mince, m’arrachant brusquement à mes divagations.

 

« Oui, vous l’avez vue ? Elle est à peu près aussi grande que votre arc, rose vif, avec un collier à pointes. Elle s’appelle Momo, et c’est ma… »

 

Le Tengu plus âgé leva une main pourvue de griffes. « On n’a vu aucun moa de ce genre. »

 

« Mais elle est forcément passée par ici. » Je ne voyais pas pourquoi ils me mentiraient, mais… « Je l’ai perdue juste là, à l’autre bout du pont. »

 

« Aucun moa de ce genre, répéta le Tengu, les plumes de la tête dressées. Circulez, je vous prie. »

 

« Mais… »

 

Le Tengu mince se tourna vers moi. « J’ai peut-être vu un moa de ce genre. »

 

« Hayato, » fit l’autre, d’un ton que je reconnus comme un avertissement.

 

« Il y en avait un ou deux roses dans le troupeau du marchand. »

 

Mon sang ne fit qu’un tour. « Elle a dû se joindre au troupeau ! Je vous en prie, je ne voudrais pas abuser de votre temps, mais Momo est tout ce que j’ai au monde… si je la perdais, je ne me le pardonnerais jamais. »

 

Les Tengus se penchèrent l’un vers l’autre et échangèrent quelques mots à voix basse.

 

« Oh, voyons, entendis-je de la part de celui qui s’appelait Hayato. Bien sûr que c’est son familier. »

 

L’autre garde s’écarta. « Bon, fais comme tu voudras. Mais je n’ai rien à voir avec ça. »

 

Hayato s’approcha de moi. « Il ne convient pas qu’un étrange animal pénètre dans le nid. Elle porte un collier à pointes, c’est bien ça ? »

 

« Oui. » Il y avait une curieuse tension dans l’air, mais j’étais trop inquiète pour avoir peur. « Et des protège-chevilles. »

 

« Est-ce que vous voyez, sans vos lentilles ? »

 

« Mes lunettes ? Non, pas bien du tout. »

 

« Allez au point de passage et retirez-les, je vous prie. Et tournez-vous dos au portail. Et attendez. »

 

J’acquiesçai, avec une grande inspiration. Je fis demi-tour et traversai le pont.

 


 

En arrivant au point de passage, je retirai mes lunettes et attendis. J’avais beaucoup de mal à ne pas me retourner, mais la vie de Momo dépendait peut-être de mon respect absolu des consignes d’Hayato. Je ne sais pas combien de temps s’écoula, mais j’avais commencé à m’appuyer sur une pierre quand j’entendis quelqu’un me héler.

 

Je tournai la tête. Une forme bleue et une forme rose venaient dans ma direction. J’entendis Momo pépier, et j’eus tout juste la présence d’esprit de remettre mes lunettes avant de me précipiter à sa rencontre.

 

« Merci, merci. » Je m’enfonçai jusqu’aux oreilles dans les plumes de Momo. Elle me picora les cheveux, pas perturbée pour un sou. « Je suis navrée pour le dérangement. Je ne sais pas comment vous remercier ! »

 

Hayato s’accroupit à côté de nous et gratta Momo sous le bec. « Vous pouvez me remercier en ne revenant jamais aussi près du portail. »

 

Même si je ne savais pas lire l’expression d’un Tengu sur son visage, j’entendais à sa voix qu’il était on ne peut plus sérieux. Je compris qu’il avait fait quelque chose d’exceptionnel pour moi, et j’eus l’impression de me tenir à nouveau devant le portail, l’air vidé de tout son.

 

« Je comprends, fis-je en avalant ma salive. Merci beaucoup. »

 

« Et promettez-moi, lâcha Hayato en s’éloignant, que vous n’inventerez jamais rien qui permette à un moa de parler. »

 

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Chapitre 4

GW2 Épopées Tyriennes Chapitre 4 Shaemoor

 

Le temps que nous franchissions la frontière krytienne, le crépuscule était déjà tombé. Je pouvais dire adieu à mon idée de laisser Momo en liberté un moment. L’obscurité grandissante eut une autre conséquence : nous avions atteint Shaemoor avant que je me rende compte que quelque chose se glissait furtivement parmi les arbres, derrière nous.

 

Je m’accroupis au milieu de la route pour donner une pomme à Momo, et profitai de l’occasion pour observer les environs. Comme je ne voyais rien, je reportai mon attention sur Momo : comme de juste, après avoir englouti son goûter, elle sifflait nerveusement en faisant gonfler ses plumes. Ce qui se cachait là-bas avait arrêté de se déplacer en même temps que nous.

 

J’essayais de me convaincre que c’était simplement l’ambiance de la fête qui nous avait causé une petite frayeur. C’est à l’Arche du Lion que l’esprit du roi Oswald Thorn est censé revenir hanter la Kryte chaque année, mais le reste du royaume s’était mis au diapason. Sur la route, nous avions croisé des épouvantails à tête de citrouille pourrie, vu des gens vêtus de costumes bizarres se promener dans les champs, et on m’avait même donné un prospectus pour un spectacle d’Halloween. « Ne touchez surtout pas aux portes étranges, m’avait prévenue un tavernier. Elles peuvent apparaître n’importe où. »

 

Mais la campagne krytienne comportait nombre de choses effrayantes, quel que soit le moment de l’année. Comme des Skelks. Ou des bandits. Je poussai Momo à presser le pas.

 


 

GW2 Épopées Tyriennes Chapitre 4 Ranch de moas

 

Un éclaireur m’indiqua le chemin du ranch de moas. Il était petit, mais les oiseaux avaient l’air de bonne humeur ; lorsque Momo et moi fîmes notre entrée, les employés étaient en train de tous les rassembler dans l’enclos. Mépi, le propriétaire des lieux, s’interrompit pour me rejoindre au portail. Je lui expliquai la raison de notre venue et lui présentai mes excuses pour notre arrivée si tardive.

 

« Je l’examinerai demain matin, proposa Mépi. Vous avez un endroit où dormir ? »

 

J’avouai que non.

 

« Dans ce cas, entrez donc ! Ce n’est pas le summum du luxe, mais vous aurez un toit au-dessus de la tête. On vous donnera une paillasse, et vous pourrez dîner avec Cassie et moi. »

 

C’était une offre très généreuse. Les éleveurs krytiens doivent souvent se contenter de leur propre production pour vivre, et c’était la première fois qu’il me voyait. Néanmoins, l’idée de passer la nuit chez eux me mettait un peu mal à l’aise. Et s’ils faisaient tout pour m’être agréable par politesse ? Et si je commettais une erreur et mettais la pagaille dans leur maison ? Et s’ils me servaient du moa pour le dîner ?

 

« C’est très aimable de votre part, mais Momo est souvent nerveuse quand elle découvre un nouvel endroit, expliquai-je en me tenant les mains pour les empêcher de trembler. Est-ce que cela vous poserait un problème que je dorme avec elle dans l’écurie ? »

 

Mépi réfléchit en se frottant le menton. « Je ne sais pas trop. On a eu toutes sortes d’ennuis avec les bandits, mais c’est vrai qu’ils ne sortent pas trop la nuit. Et à cette période de l’année… Mais j’imagine que tant que vous restez avec les moas, tout ira bien pour vous. »

 

« Qu’entendez-vous par là ? » demandai-je.

 

« Ne bougez pas, fit Mépi en partant vers la ferme. Je vais vous chercher une couverture. »

 


 

La couverture drapée sur les épaules, je m’installai dans l’écurie avec Momo. Elle mit un point d’honneur à me lisser les cheveux, puis se pelotonna contre moi, m’entourant de sa chaleur. Je m’adossai à elle (elle fait un oreiller très convenable), les pieds surélevés grâce à mon sac.


Quelque chose me sauta sur les genoux, et je me redressai d’un coup. Je vis des yeux d’un vert vif cligner, de petites pattes malaxèrent mon ventre, et un ronronnement se fit entendre. « Oh, soufflai-je. Tu n’es qu’un minet. »

 

Le petit chat noir me frôla le menton de la truffe et s’installa en travers de mes jambes. Momo ouvrit un œil, juste assez longtemps pour montrer son indifférence, et je me détendis à nouveau. Ce n’était pas mal du tout. L’herbe sentait bon, les moas poussaient des gazouillis satisfaits non loin de nous, et une douce lumière dorée émanait des fenêtres de chez Mépi. J’avais dormi dans des endroits bien moins confortables, à l’université.

 

Une main sous la tête du chat, je fermai les paupières.

 


 

GW2 Épopées Tyriennes Chapitre 4 Rêve de Vikki

 

Dans mon rêve, je tombais dans un ciel plein d’étoiles, au-dessus d’un miasme vert qui tourbillonnait. D’un coup, je me retrouvai à l’air libre. À mes pieds s’étendait un vaste paysage torturé fait de pierre noire, d’arbres tordus et nus et de feux étranges. Un chemin entrecoupé y décrivait des méandres, jusqu’à un cimetière comportant en son centre un mausolée, seul au sommet d’une aiguille rocheuse. J’entendis des rires et des cris. Je me précipitai pour mieux voir : le labyrinthe était plein de gens qui couraient, se battaient et dansaient en parcourant les allées en tous sens. Non, pas seulement des gens : des créatures. Au-dessus de ce chaos, la lune brillait, énorme et ricanante.

 

Je fermai les yeux de toutes mes forces. Lorsque je les rouvris, je me tenais sur une falaise qui surplombait le labyrinthe. D’autres gens se bousculaient autour de moi, entrant et sortant d’une porte qui s’ouvrait sur le vide étoilé. Ils étaient terrifiants et quelque peu irréels : une dame humaine dans une robe de velours corsetée, un Sylvari avec des cornes et d’immenses ailes de chauve-souris, un autre Asura portant une tête de citrouille ardente en guise de masque. Et ils étaient tous armés. Certains d’entre eux avançaient jusqu’au bord de la falaise, marchaient sur un symbole et disparaissaient dans une bourrasque.

 

Momo était tout près, absorbée par l’examen d’une grosse gourde. Alors que j’allais la rejoindre, une voix rauque héla : « Eh bien. Qu’est-ce que ce sera ? »

 

Je fis volte-face. Un Charr se tenait sur une plate-forme de pierre, près du bord de la falaise, et s’appuyait sur un bâton. Il était vêtu d’un suaire en lambeaux, les yeux bandés et couvert de chaînes, les cornes coupées court. Tout du moins, il avait l’apparence d’un Charr : sa queue luisait comme une braise ardente.

 

« Moi ? » couinai-je.

 

Le Charr tendit son bâton. Au bout pendait une lanterne, maintenue par une main squelettique, qui émettait une lueur verte. « Vous. Avez-vous la dextérité nécessaire pour escalader le clocher ? À moins que vous préfériez rejoindre la parade de la mort dans le labyrinthe ? »

 

Je me protégeai les yeux et retrouvai ma voix : « Ni l’un ni l’autre, si possible. »

 

Il tomba à quatre pattes et tendit son très long cou vers moi pour me renifler. « Tout cela n’éveille pas votre curiosité ? »

 

Le labyrinthe était trop grand, et les cris et les rires trop oppressants. Tous les gens qui passaient étaient dangereux et puissants. Je me sentais complètement perdue.
« Non, merci, fis-je en me frottant les bras. Tout ce que je voudrais, c’est retourner là d’où je viens. »

 

Le Charr montra les dents. « Fuyez, alors, dit-il. Filez à l’endroit d’où vous êtes partie. »

 

Je courus vers la porte, en traînant Momo derrière moi. Si j’avais pu la porter, je l’aurais fait sans hésiter. Cette fois, en trébuchant dans la nuit étoilée, je ne ressentis qu’un grand soulagement.

 


 

À mon réveil, j’avais encore le cœur qui battait la chamade. Le chat était parti, et j’avais froid aux jambes. Momo était profondément endormie, tout comme les autres moas ; je n’entendais pas le moindre pépiement. Je restai parfaitement immobile, m’efforçant de me calmer.

 

Je me concentrais tellement pour me convaincre que mon imagination me jouait des tours que je n’en crus pas mes yeux quand une ombre se détacha du fond de l’écurie et rampa vers moi.

Ça n’arrive pas vraiment, me dis-je en tâchant de conserver une respiration normale. Ça n’arrive pas vraiment.

 

Quelque chose me souleva le pied et l’écarta. J’entendis un tintement, et un bruissement presque inaudible.

 

Quelqu’un fouillait dans mon sac.

 

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Chapitre 5

GW2 Épopées Tyriennes Chapitre 5 Promontoire divin

 

Lorsque j’ouvris les yeux au matin, il ne manquait rien dans mon sac… sauf une pomme. Momo faisait semblant de dormir sur le trognon à moitié dévoré : au moins, je tenais la coupable de ce larcin. Mais j’étais sûre qu’elle était assoupie au moment où cette… personne avait fouillé mon sac. Après tout, peut-être que je dormais, moi aussi, et que ce n’était qu’un cauchemar un peu trop réel.

 

J’avais encore l’esprit embrumé en laissant Momo au ranch de Mépi pour la journée. « Je vais l’examiner sous toutes les coutures, me garantit l’éleveur. Et si vous alliez vous dégourdir les jambes, pendant ce temps ? »

 

Répondre Non merci, je vais plutôt rester là à m’inquiéter ne me semblait ni très poli ni très constructif. Redressant les oreilles, je m’efforçai de prendre un air réjoui. « Bonne idée ! Vous avez une promenade à me conseiller ? »

 

« Le verger d’Eda n’est pas très loin. Il y a des gens qui aiment aller voir le barrage, aussi. Et si ça ne vous dérange pas de marcher un peu plus, il y a la ville, bien sûr. »

 

Ça ne me dérangeait pas de marcher. Les non-asuras qui découvrent Rata Sum sont généralement bouche bée devant les cubes qui flottent parmi les nuages. Pour certains d’entre eux, nos hologrammes et nos golems tiennent de la magie. Je me disais que je trouverais peut-être le Promontoire divin aussi rustique et pittoresque que Shaemoor.

 

En franchissant les portes, je fus frappée par le gigantisme de la cité humaine, manifestement bâtie pour héberger des centaines de milliers de gens mesurant pour la plupart un bon mètre de plus que moi. Un groupe entier de moas aurait pu avancer de front dans chacune des avenues, et j’avais des sueurs froides rien qu’en imaginant les échafaudages nécessaires pour construire tant de tours et d’arches immenses sans systèmes de lévitation.

 

Me laissant guider par le hasard, je parcourus les rues pavées et entrai dans une galerie. Je ne pus retenir un hoquet de surprise : derrière les murs de verre transparent nageaient des poissons, éclairés par un dispositif installé à l’intérieur. Si Momo avait été là, elle serait devenue hystérique. L’endroit était frais et paisible ; j’aurais aimé y rester plus longtemps, mais je gênais la circulation des passants.

 

GW2 Épopées Tyriennes Chapitre 5 jardins suspendus

 

La galerie à l’aquarium débouchait sur un vaste jardin. Des haies taillées délimitaient les sentiers, et des lianes en fleurs s’accrochaient à des colonnes qui montaient en direction d’un dôme de verre. Au centre, un immense planétaire de métal poli était suspendu. La lune y était représentée par un croissant au visage souriant, et le mécanisme produisait un agréable craquement en tournant. La technologie asura peut être d’une grande élégance, mais les Humains semblaient faire primer l’esthétique sur l’intérêt pratique.

 

Ce jardin n’était pas de ceux où l’on peut se pelotonner pour faire une sieste, constatai-je, un peu déçue. Je n’étais toujours pas complètement réveillée, et je mourais d’envie d’un café bien fort.

 

Un Sylvari en armure bleu et blanc se tenait tout près ; je me fis violence et lui demandai mon chemin. Il était immense, mais il avait l’air gentil. Mieux encore, un petit animal pointait son museau par-dessus son épaule. Dès qu’il m’entendit glousser, il fila se cacher dans le sac du Sylvari.

 

Celui-ci dit s’appeler Issandür, et m’expliqua : « Le plus simple pour vous y retrouver, c’est de connaître le nom des Six dieux humains. Ce sont eux qui divisent la ville. »

 

« Melandru, Dwayna, Kormir, Lyssa, Grenth et… Bathazar ? » Je me les représentais plus ou moins ; à mon arrivée, j’étais passée près d’une statue qui devait être celle de Dwayna.

 

Il sourit. « Balthazar, et oui. Si c’est du café que vous voulez, essayez le quartier d’Ossa. Prenez la Grand-route de Grenth, puis descendez sur la gauche. »

 


 

La Grand-route de Grenth conduisait jusqu’aux murailles de la ville. Même le portail des Tengus n’était pas aussi haut. J’en avais le vertige : si quelque chose de cette taille tombait vers l’intérieur, tout ce qu’il y avait en dessous serait réduit en poussière. Au bout se trouvaient une autre statue représentant un dieu, un prêtre humain, et une Norn adossée à la muraille. Je préférai ne pas m’approcher davantage.

 

J’eus un frisson. J’avais très envie de profiter de la vue sur la cité, mais un haut muret longeait la route des deux côtés. Je sautai, m’accrochai au bord, calai mes orteils entre les briques et parvins à me hisser.

 

Sous mes yeux, la ville s’étendait comme une immense vallée : les maisons aux toits pentus formaient des rochers parmi lesquels serpentaient des rues comme autant de ruisseaux et de rivières. Des centaines d’oiseaux blancs virevoltaient d’un bout à l’autre. Je me demandais s’il pouvait leur arriver de sortir de la cité pour chercher de la nourriture ou bâtir leur nid. Sans doute pas ; leur monde devait être intégralement contenu dans cette enceinte.

 

Je m’assis, les jambes repliées contre ma poitrine. Le muret était assez large pour que je n’aie pas peur de tomber. À mes pieds, des Humains déambulaient sur une place pleine de bâtiments en pierre complexes et de… oh. Des stèles. Enterraient-ils leurs morts ici, au sein même de la ville ?

 

La Norn que j’avais vue un peu plus tôt s’approcha de moi et posa le pied sur le muret. Pour elle, il n’était pas plus haut qu’un marchepied. « Qu’est-ce qui se passe dans le cimetière ? »

 

Il me fallut un moment pour me rendre compte que sa question m’était destinée. « Oh, rien de spécial. » Je compris soudain qu’il était peut-être impoli de ma part d’observer les gens parmi les tombes. « Je me suis assise un instant, c’est tout. »

 

Son ombre me recouvrait entièrement, ce qui me fit à nouveau frissonner. Je levai les yeux vers elle. Son visage rond était parsemé de taches de rousseur ; elle avait les yeux bleus et les cheveux cuivrés, maintenus en une tresse qui devait bien mesurer trois fois ma taille. Sa peau claire était un peu rougie par le vent, et elle était emmitouflée dans une tenue de fourrure et de cuir noirs.

 

GW2 Épopées Tyriennes Chapitre 5 norn inconnue

 

Elle me regardait comme un chat observe un insecte. Tout d’un coup, le muret ne me sembla plus assez large. J’avais entendu dire qu’il y avait des bandits humains en ville, mais…

 

« Hum, désolée. » J’avais les mains trempées de sueur ; je tentai de les essuyer sur mon pantalon sans que ce soit trop flagrant. « C’est que je… J’arrive tout juste, et tout est immense ici, et je suis un peu nerveuse. Je peux vous aider ? »

 

Elle s’assit à côté de moi et sourit : « Je crois, oui. »

 

Je lui rendis son sourire et me détendis. Elle voulait seulement discuter. Je me demandais si le Promontoire divin était aussi peu adapté aux grands comme elle qu’aux petits comme moi ; j’ouvris la bouche pour lui poser la question, espérant rompre la glace, lorsqu’elle me saisit le poignet.

 

« Hé. » Ma voix se brisa, comme dans mes cauchemars, quand j’essaie d’appeler au secours. Sa main était aussi grosse que tout mon avant-bras, et elle était si forte que je ne pouvais plus bouger.

 

La Norn se pencha vers moi. « Et si on faisait les présentations ? fit-elle doucement, sans cesser de sourire. Commencez par me dire comment vous connaissez Tonni. Ensuite, je vous expliquerai ce que j’attends de vous. »

 

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Chapitre 6 : nouveau

GW2 Épopées Tyriennes Chapitre 6 norn menaçante

 

« Lâchez-moi, » dis-je.

 

Par réflexe, je jetai un regard par-dessus mon épaule : je me trouvais à une hauteur vertigineuse. Les toits les plus élevés du cimetière du Promontoire divin étaient au moins six mètres plus bas, et la cour de pierre presque à quinze mètres. J’imaginais ce qui m’attendait si la Norn relâchait mon poignet trop brusquement et que je perdais l’équilibre. Ou si elle me poussait un peu…

 

« En fait, ajoutai-je dans un couinement, vous pourriez me laisser descendre du muret d’abord ? »

 

« Inutile de vous en faire pour ça. » Pour l’instant, laissait entendre sa voix suave. « Je veux seulement obtenir des réponses à mes questions. En attendant, on va rester assises ici. »

 

Elle ne me serrait pas assez le poignet pour me faire mal, mais j’avais tout de même l’impression d’être coincée dans le brassard d’un tensiomètre. Je préférais ne pas me débattre. Le prêtre était toujours dans les parages, mais rien ne garantissait qu’il arrive avant que la Norn ne commette l’irréparable si je criais ou faisais un scandale. Même si je parvenais à m’éloigner d’elle, elle pouvait me rattraper en quelques secondes. Il valait mieux que je reste tranquille et que j’attende la bonne occasion.

 

C’était sûrement Tonni qui l’envoyait. Elle regrettait peut-être son achat. Ou peut-être, me dis-je, peu charitable, qu’elle regrette seulement de m’avoir payée. Je savais qu’elle était prospère, mais pas qu’elle engageait des gros bras pour faire le sale boulot.

 

« Ce n’était pas la peine de m’attraper comme ça, dis-je. Il suffisait de demander. Tonni m’a fait une proposition, et j’ai accepté. Qu’est-ce qu’elle veut, maintenant ? »

 

La Norn haussa les sourcils. « Vous ne vous êtes pas quittées en bons termes, si je comprends bien ? »

 

« Non ! » Le rouge me monta au visage. Je n’avais jamais rien fait à Tonni, mais elle se mettait toujours en quatre pour me nuire. « Dites-lui qu’elle peut faire tout ce qu’elle veut de l’appareil, je n’en ai plus rien à faire. Mais elle a dit elle-même qu’il était défectueux. Elle savait très bien ce qu’elle achetait. »

 

Elle relâcha un peu son étreinte et plissa les yeux. « L’appareil est défectueux ? »

 

« Je… je n’en sais rien. Quand je l’ai testé pour elle, il m’a donné un résultat inattendu. »

 

Sa poigne se resserra à nouveau. « Vous l’avez testé ? »

 

« Je lui ai fait une démonstration ! » Un oiseau décolla à tire-d’aile du toit de pierre le plus proche. Je déglutis, en jetant un coup d’œil au prêtre pour voir s’il m’avait entendue, mais il se promenait de l’autre côté de la statue du dieu. « C’est précisément pour ça que j’étais venue. C’était stupide de ma part de le lui vendre, mais je me disais que personne d’autre n’en voudrait, surtout s’il ne fonctionnait pas. Je ne sais pas ce qu’elle vous a raconté, et je suppose que c’est sa parole contre la mienne. Je suis navrée si elle vous a menti pour vous pousser à venir ici. Elle fait souvent ce genre de choses. »

 

C’était la première fois que je traitais ouvertement Tonni de menteuse. Certaines notions comme le mensonge étaient assez floues dans le monde universitaire. Je n’avais pas tardé à apprendre que ce qui comptait vraiment, c’était que les gens soient prêts à croire à des faisceaux de preuves. Pouvais-je prouver que Tonni avait fait quelque chose de mal, puis m’avait fait porter le chapeau ? Qu’elle l’avait fait exprès, dans l’intention de nuire ? Des gens qui n’avaient aucune raison de douter d’elle seraient-ils prêts à me croire plutôt qu’elle ? Elle avait toujours été tellement douée pour se tirer des mauvais pas avec ses belles phrases. Moi, je n’étais même pas douée pour parler.

 

À ma grande surprise, la Norn relâcha lentement mon poignet. Elle passa d’une posture agressive à une position détendue, le dos en arrière, comme si nous étions vraiment en pleine conversation banale. « On dirait une amitié qui a mal tourné, » dit-elle, et même sa voix était plus douce. Compréhensive.

 

Ça ne me plaisait pas. « Pas tout à fait. Je préfère ne pas en parler, si ça ne vous dérange pas. Elle finit toujours par avoir vent de tout, surtout grâce à ceux qui travaillent pour elle. » Je descendis rapidement du muret et m’avançai dans la rue, m’attendant plus ou moins à ce qu’elle essaie encore de m’attraper.

 

« Qui a dit que je travaillais pour Tonni ? Je suis à sa recherche. »

 

Ma poussée d’adrénaline se dissipait, et je me sentais grognon, sèche. « Alors pourquoi m’avoir fait peur ? Que se passe-t-il ? »

 

« L’appareil que vous lui avez vendu, il faisait plus ou moins la taille de votre poing, c’est bien ça ? »

 

« Oui. »

 

« Qui vous l’a donné ? »

 

« Je l’ai fait. » J’étais perplexe. Je commençais à me dire que j’étais tombée sur quelque chose qui me dépassait. « Je veux dire, personne ne me l’a donné. Je l’ai inventé. C’était un petit truc vite fait que j’ai fabriqué pour essayer d’obtenir un financement de la part d’une coterie, c’est tout. »

 

« Et à quoi est-ce qu’il sert ? »

 

« Il est censé analyser le bétail et prédire sa longévité. »

 

GW2 Épopées Tyriennes Chapitre 6 Alfhildr

 

Elle se redressa en croisant les bras et se frotta l’arête du nez. « Par les plumes du Corbeau, » murmura-t-elle. Je ressentis presque de la peine pour elle, puis je me souvins de la façon dont elle m’avait regardée la première fois : comme un défaut à faire disparaître.

 

« Je m’inquiétais surtout pour Momo à ce moment-là, racontai-je. Alors je ne sais pas ce qu’il est advenu de Tonni après qu’elle m’a acheté l’appareil. Je suis désolée. »

« Momo ? »

 

« Ma moa domestique. »

 

La Norn s’agenouilla devant moi. J’en fus surprise ; il est très rare que les gens de grande taille se mettent à ma hauteur. « Soit vous êtes une excellente actrice, dit-elle en me regardant dans les yeux, soit je vous dois des excuses. »

 

Je me frottai le poignet. « Une explication me suffira. »

 

« Appelez-moi Alfhildr, fit-elle avec un sourire qui me parut forcé. Et avant de vous expliquer quoi que ce soit, j’aimerais voir Momo. »

 

Je fus instantanément en état d’alerte. « Pourquoi ? »

 

« Parce qu’il se pourrait que je sois en mesure de vous dire pourquoi votre appareil a mal fonctionné. Et parce que pour l’instant, votre moa et vous êtes ma seule piste. »

 

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Chapitre 7 : à venir

 

 

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